petit aparté à l’attention des “féministes” cis et de la team misandre <3

chéri·e, faut qu’on parle. de la nécessité urgente d’en finir avec la misandrie, et l’obsession génitale glauque des féministes cis.

(TW: génitalité, mention de viol et de mutilations génitales, transphobie/transmisogynie)

Nous avons été des milliers à nous rassembler le 8 mars dernier pour manifester à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes et autres minorités de genre. C’est un des rassemblements récurrents les plus importants à Bruxelles et, si l’énergie canalisée chaque année peut inspirer un certain sentiment de force et de lutte commune, la perspective de cette date s’accompagne pour moi d’un malaise certain et d’une anticipation nerveuse depuis maintenant plusieurs années. Car si l’on peut noter quelques avancées quant à la considération portée aux luttes des personnes racisées, issues de l’immigration, LGBTQI+ ou travailleureuses du sexe, il demeure un énorme point noir sur le visage du féminisme contemporain dont je ne peux détourner le regard (car très concrètement on me l’agite sous le nez à coups d’énormes pancartes à clito): la hype autour d’une misandrie revendiquée fièrement et l’essentialisme, plus insidieux, qui en découle inévitablement.  

Diabolisation des pénis, ode à la castration, quelques slogans attirent mon attention entre deux-trois dessins de symboles so féministes quirky genre: des chattes et des sécateurs. Faut dire que j’ai appris à les repérer, initialement quand je me suis formé·e à la prévention contre les TERFS1 et SWERFS2 qui tentent de gagner du terrain ici aussi depuis quelques années maintenant, qu’on trouve généralement au bout de l’une ou l’autre pancarte établissant une corrélation directe entre pénis et violence. Que dire alors des féministes pseudo “intersectionnelles” tellement déconstruites qui se retrouvent à balancer “par accident” les mêmes rhétoriques que les transphobes les plus abjectes? 

Camarades, il est indispensable que nous sortions collectivement de la trend misandre cringe. Bold take, je sais. Mais la misandrie n’est pas le flex que vous croyez, et je dis ça en tant que misandre repenti·e (oui j’ai été féministe bisexuelle aux cheveux bleus sur twitter en 2017. Time flies!)

Je vous l’accorde, dans nos sociétés patriarcales régies notamment par les violences sexistes et sexuelles qui menacent quotidiennement les femmes et autres minorités de genre, il semble tout naturel de détester les hommes. Seulement voilà, il est indispensable d’aller plus loin dans l’approche critique du pourquoi, comment, et des conséquences de ces dynamiques de domination. Je vous épargne un cours de socio et vous sers directement la conclusion parce que je suis super sympa: le problème ne réside pas en une masse floue et uniforme que seraient les hommes et qui exercerait une domination globale par l’action du saint esprit. D’une part, parce que ce qui régit nos sociétés c’est le capitalisme, la suprématie blanche, et l’hétérosexualité – ces trois concepts sont indissociables et ont besoin les uns des autres pour se maintenir (je vous laisse (re)lire les théories de Wittig et Rich3 sur le sujet, je vais pas monopoliser la Déviante pour ça mais vous avez l’idée). D’autre part, parce qu’une catégorie “homme” (et d’ailleurs “femme”) homogène et absolue n’existe tout bonnement pas. Il serait absurde de penser sur le même pied d’égalité de privilèges un homme blanc et un homme racisé, un hétéro et un homo, ou même un gay de droite et une pédale. De la même manière, il est contre-productif -et même carrément dangereux- d’envisager les discriminations sous un seul prisme, celui du genre dans ce cas précis. Cela revient à nier la multiplicité de facteurs qui interviennent dans les dynamiques de domination, en laissant la porte ouverte à des biais racistes, transphobes, homophobes… dont on constate chaque jour les conséquences. On pourrait penser qu’en 2025 on aurait appris des -trop- nombreux cas de femmes blanches qui appellent la police sur des hommes racisés sans raison, ou d’hétéras qui violentent des hommes gays, tout cela parce qu’elles peuvent vu qu’elles occupent une position de domination de par leur blanchitude, ou leur hétérosexualité.
Certaines féministes se pensant progressistes (parce qu’elles ont appris récemment que les trans existaient pour de vrai) se permettent la petite fantaisie de préciser qu’elles détestent les CISmecs uniquement! Observons si vous le voulez bien une minute de silence pour tous les mecs trans qui seront ravis d’apprendre que ces meufs les considéreront toujours comme des trans avant des mecs, voire jamais vraiment des “vrais” mecs, plutôt des meufs avec extra steps personnes à la socialisation féminine et autres conneries4. Que faire des mecs trans hétéros qui sont stealth et qui jouissent aujourd’hui de tous les privilèges hétéros? Les traîtres de droite qui se foutent bien que d’autres trans crèvent maintenant qu’ils ont rejoint la team qui domine (jusqu’à ce que ça se retourne contre eux)? Et que faire aussi des pédés cis qui prennent cher quotidiennement, on les déteste aussi? Si vous avez toujours rêvé d’assister à un spectacle de gymnastique haut niveau ou observer une cascade de pro, prenez une chaise et écoutez des meufs, souvent cis, hétéros, blanches et relativement aisées, tenter d’expliquer en quoi elles sont oppressées par les pédales plus que par leurs propres mecs. Divertissement garanti sans effets spéciaux5

Car la misandrie en tant que concept trendy n’a finalement aucun impact sur les hommes hétérosexuels qui dominent. Par contre, ça retombe directement ou indirectement mais toujours inévitablement sur les mêmes populations: les trans. Car l’obsession misandre s’accompagne la majorité du temps de discours essentialistes abjects, à base d’incitation aux mutilations génitales comme si le problème venait de ce qu’une personne a entre les jambes (astuce analytique: si vous avez les mêmes discours que les TERFs, ça pue). Diaboliser les pénis et vénérer les vulves c’est cracher à la gueule de chaque fucking trans qui existe et doit déjà dealer avec de la dyspho génitale en plus des mêmes dynamiques oppressives que vous (et même davantage) et maintenant vos conneries essentialistes? Au secours. C’est comme ça que vous traumatisez des meufs trans out ou non, et empêchez des mecs trans d’accéder à des stades de transition possiblement bénéfiques pour eux à force de crier à qui veut bien l’entendre que les hommes c’est maaal et ressembler à un (cis :p)mec?? beurk!!

Quel échec militant que de véhiculer des rhétoriques essentialistes gênantes et dangereuses parce qu’on n’est pas capable de cibler que le réel problème c’est le le patriarcat et la cishétérosexualité. Vous faites si bien le travail des transphobes qu’iels ont champ libre pour continuer à nous oppresser durablement grâce, notamment, à vos revendications foireuses qui ne font rien, vraiment rien, si ce n’est participer au maintien de la suprématie straight, au cissexisme, et rendre hostiles les rares espaces où l’on pourrait penser avoir trois secondes de paix. Soyons clair·es, vos slogans essentialistes se rapportent à des actes bien réels, les mutilations génitales sont des pratiques qui existent (fun fact: cela fait moins de 10ans qu’en Belgique les trans ne doivent plus être stérilisées de force pour changer de mention de genre, et les mutilations sur les enfants intersexe quant à elles sont toujours d’actualité) mais rien de tout cela ne touche et ne touchera jamais les mecs que vous prétendez viser. Si vous voulez tant vous en prendre à des « mecs cis », éduquez vos darons et vos straight boyfriends plutôt qu’exclure les pédales des espaces communautaires, et traumatiser les sœurs. 

Si c’était déjà vaguement gênant de crier détester les hommes partout sur twitter avant, alors aujourd’hui, le FC misandre me plombe mais d’une force. Plus largement, les féministes cis blanches et souvent straight -mais pas que- m’ennuient profondément quand leurs réflexions politiques s’arrêtent à leur statut de victimes et qu’elles se servent de ce dernier pour ignorer qu’elles-mêmes véhiculent des tas de dynamiques oppressives envers d’autres individus et communautés. Se cacher derrière un statut de victime d’agression pour justifier leur bullshit essentialiste et leur “peur des pénis”, c’est refuser de reconnaître que les viols ne sont pas une question de génitalité mais de dynamique de pouvoir, et que leur pseudo sororité s’arrête ainsi dès lors qu’il faudrait adresser le nombre effarant de femmes trans violées par des hommes mais -surprise- aussi des femmes cis de tous bords, de la lesbienne groomeuse à l’hétéra essentialiste en passant par la bi fétichiste qui, elles, ne se verront jamais inquiétées parce que vous comprenez, les femmes (cis only apparemment) sont des victimes, elles ne peuvent pas causer de violences! puis surtout pas sur des femmes encore plus minorisées qu’elles car ça demanderait d’humaniser les trans et considérer leurs voix et ça, on l’a compris, c’est pas encore la priorité des féministes cis, puis encore moins du reste du monde. 

Parce que c’est toujours une expérience édifiante que d’essayer de dialoguer avec une féministe-misandre-coupe-couilles-troisième-du-nom pour la mettre face aux violences qu’elle perpétue elle-même. J’ai bâti les bases de mes engagements féministes dans des cercles qui dénonçaient l’incapacité des hommes à se remettre en question et écouter les concernées, et aujourd’hui je me heurte aux mêmes problématiques quand j’essaie d’adresser les biais transphobes aux intéressées. Pourtant, si mon écriture peut sembler vener et brutale (mais la female rage c’est cool donc ça va) promis dans la “vraie vie” je suis super chill, et je n’ai généralement pas de problème à adopter une position de dialogue tranquille à visée éducative. Et je n’exagère même pas quand je dis que je n’ai vu aucune différence entre la réaction des porteuses de pancartes à qui je demandais de ranger ces dernières car vectrices de violences, et celle des mecs relous à qui j’explique qu’il faut arrêter les blagues vaseuses et le forcing avec les meufs. Dans les deux cas, c’est la fragilité et l’ego qui prennent le dessus, systématiquement. 

Alors elle est où la déconstruction, lorsque vous recalez un·e trans qui vous fait remarquer un comportement inapproprié? Elle est où l’intersectionnalité quand vous propagez des idéologies transphobes au pire par haine, au mieux par paresse intellectuelle parce que vous considérez encore les sujets trans comme moins importants que vos problèmes de cis qui ont le privilège de penser qu’à leur petit cul? Où sont les “allié.e.s” quand le fascisme s’immisce dans nos gouvernements et que l’offensive transphobe est plus violente que jamais, lorsque l’agenda politique vise à annihiler toute autonomie des corps et sexualités?

La lutte féministe ne se fera pas sans les personnes trans, la lutte queer ne se fera pas sans les pédales, et on n’a pas à supporter un instant de plus ni vos blagues edgy cringe et blessantes envers tout le monde sauf les types que vous prétendez viser, ni votre “haine des hommes” revendiquée alors que vous continuez à les date et fermer les yeux quand les gouines sont sujettes à violences car elles ne le font pas, ni vos mixités pétées FINTA et autres aux relents homophobes et transphobes, ni votre fragilité quand on vous fait remarquer que tout ça c’est foireux. 

Chères membres de la team misandre, chères féministes cis, j’ai malgré tout cela foi en une lutte où nos singularités seront prises en compte et nos biais adressés, où nos spécificités seront reconnues et nos luttes pensées par et pour déféndre toutes les populations minorisées, pas seulement celles qui ont le privilège de gueuler (et se faire écouter) au-dessus des voix des autres. Ça va passer par des discussions, des partages de réflexions, des erreurs et des engueulades. On va se prendre la tête, on va se faire calmer et éduquer puis s’éduquer soi-même aussi ce serait pas mal (et je m’inclus dans tout ça). Mais j’ai encore l’espoir -peut-être naïf- que ça peut bien se passer. A chacun·e d’entre nous de nous le prouver mutuellement. 

Et si vous pensez que c’est utopiste, que ça pourrait jamais arriver, dites-vous  que je suis parvenu·e à conclure ce coup de gueule sur une note positive alors que je partais avec la giga haine. Comme quoi, rien n’est impossible.  

  1. les “trans-exclusionary radical feminists” (TERFs) sont des femmes se situant la plupart du temps à l’extrême-droite (qu’elles l’assument ou non) qui tentent d’exclure les personnes trans (particulièrement transfem) des luttes féministes sous des prétextes essentialisants, sordides et dangereux. ↩︎
  2.  les “sex-worker-exclusionary radical feminists” (SWERFs) sont essentiellement du même bord, mais stigmatisent les travailleureuses du sexe en présentant le TDS comme intrinsèquement oppressif et à abolir. Les deux profils vont souvent de pair car elles se basent sur les mêmes rhétoriques mortifères d’extrême-droite qui précarisent, stigmatisent et violentent des groupes toujours plus minorisés qu’elles tout en se revendiquant féministes pour que ça passe mieux.  ↩︎
  3. respectivement La pensée straight et La contrainte à l’hétérosexualité. (Re)lisez ça en gardant à l’esprit qu’Adrienne Rich copinait sévère avec les premières terfs comme Raymond. Si sa critique de l’hétérosexualité en tant que système de domination comporte des concepts et théories matérialistes essentielles aux réflexions féministes et queer, il est plus que temps de se réapproprier ces dernières tout en reconnaissant les biais transmisogynes de leur autrice. Et puis de toute façon, burn your idols. ↩︎
  4. https://raymondreviens.wordpress.com/2015/11/09/jemmerde-votre-socialisation/ ↩︎
  5. attention, l’abus d’hypocrisie cis peut fortement nuire à votre santé et celle de vos proches trans -ou non- ! ↩︎